La luzerne déshydratée confirme des atouts toujours plus solides dans les assolements français
Bousculée par la concurrence des autres cultures, la luzerne retrouve aujourd’hui des perspectives favorables. Portée par des fondamentaux solides et plus rémunératrice, elle redevient une culture attractive pour les agriculteurs.
Les surfaces de luzerne destinées à la déshydratation se sont établies à 66 500 hectares en 2025, en baisse de 3%, dans un contexte de concurrence alimentée par la meilleure rentabilité de certaines cultures industrielles et des importations de protéines de soja très compétitives. Cette concurrence a fait reculer la production en 2025 à 725 000 tonnes, ces surfaces restant essentielles pour asseoir l’ambition européenne portée par la PAC. La situation est beaucoup plus détériorée à l’échelon européen où la production est passée pour la première fois sous le plancher des 3 millions de tonnes. Dans ce contexte, la stratégie protéines de la CE prend tout son sens, d’autant que la France a engagé avec succès une structuration en organisations de producteurs objet des réflexions communautaires.
Actualités & Perspectives : l’ère du post-carbone et une AOP lancée pour amplifier les travaux de recherche et développement ainsi que la promotion des produits.
Fortes de programmes opérationnels soutenus, les quatre organisations de producteurs se préparent aux enjeux d’avenir, parmi lesquels la sécurisation des approvisionnements en biomasses, la préservation de la biodiversité ou encore l’adaptation aux changements climatiques. « La filière luzerne entre dans l’ère post-carbone » annonce Yann Martinet, Directeur de LCA-Luzerne de France : après avoir décarboné 95% de la production de luzerne déshydratée, elle s’y projette dès à présent. C’est l’un des objectifs de la nouvelle prospective de la filière qui sera lancée cette année et Luzerne de France sait qu’elle sera autant scrutée par les pouvoirs publics que par ses parties prenantes.
Luzerne de France exprime toutefois des réserves fortes sur certaines propositions visant à réviser l’OCM susceptibles de mettre à mal le travail de structuration accompli par la filière. Dotée d’une association d’organisations de producteurs nommée Alfalab, elle s’est toutefois donné les moyens de faire grandir ses ambitions. Elle est pleinement engagée dans les conférences de la souveraineté alimentaire appelées de ses voeux par la Ministre avec une double ambition affichée : contribuer à soutenir l’autonomie protéique nationale et être porteuse de solutions pour décarboner l’élevage de demain.
Bilan commercial : opération reconquête en cours, cap désormais sur la valeur ajoutée
La campagne commerciale 2025 se termine positivement avec un retour à une situation normalisée pour Désialis qui a su digérer ses stocks et organiser le rebond. « Le marché a été très dynamique pour nos produits ces derniers mois, nous avons retrouvé toute notre place dans les rations et la situation est désormais assainie » explique Pierre Begoc, directeur général de Désialis. « Dès lors, après le succès de la première phase de l’opération reconquête, celle des parts de marchés, nous poursuivons cette dernière en 2026 avec un prisme axé sur l’amélioration de la valeur ajoutée de nos gammes en Europe ».
Les cours des matières premières ont vivement rebondi dans le sillage du choc énergétique lié à la guerre en Iran et à ses répercussions très haussières sur les coûts des énergies, des engrais et des transports. La luzerne ne fait pas exception et s’adapte à ce contexte tendu en s’appuyant sur des fondamentaux solides. Elle pourra aussi compter sur la vision commune bâtie par le conseil d’administration via la prospective « AMBITIONS 2030 ». Ces travaux ont confirmé la volonté de Désialis de renforcer sa position de leader sur le marché de la luzerne déshydratée en Europe. Pour ce faire, « nous avons renforcé notre équipe commerciale en Allemagne et aux Pays-Bas où nous avons identifié des réservoirs de croissance à nos portes ».
Nous sommes convaincus que la luzerne déshydratée française est l’aliment décarboné du futur au service de la performance des élevages européens de demain. Chez Désialis « on a (plus que jamais) la fibre éleveur ».
Accélération sur la sélection variétale, performance économique pour les éleveurs caprins et stockage de carbone record : la luzerne au rendez-vous pour relever les défis avec les agriculteurs
L’acquisition de connaissances sur la luzerne en élevage caprin se poursuit, après deux essais en 2022 et 2024, un nouvel essai à INRAe a été réalisé en 2025. L’analyse économique des résultats de l’essai INRAe 2022 sur la transformation fromagère montre une production de fromage supplémentaire de l’ordre de 100g/chèvre/jour, ce qui correspond, en tenant compte du coût supplémentaire de l’alimentation, à un gain économique important pour l’éleveur qui transforme sa production à la ferme : près de 80 k€ par an. La luzerne déshydratée est ainsi un levier simple et efficace pour augmenter sa production et sa performance économique.
Côté amont agricole, la filière progresse sur deux volets : le programme de recherche sur le stockage de carbone a porté ses fruits et les données, qui font la démonstration de l’intérêt de la luzerne pour capter le carbone dans les sols agricoles, sont disponibles pour les techniciens et chercheurs depuis la fin d’année 2025. Elles doivent être implémentées à présent dans les outils de simulation. Enfin, un programme de financement de la recherche variétale sur les légumineuses, répondant aux besoins et ambitions de la filière est en cours de lancement par le MASA. Il devrait permettre de faire progresser significativement les techniques de sélection et donc de mettre plus rapidement de nouvelles variétés performantes à disposition des agriculteurs.