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Nos prises de position dans la presse en Janvier

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Logo OBS, 22/01/2018

Grande distribution : "La guerre des prix empêche
de parler de la qualité des produits"

"Pourquoi ne parle-t-on pas de responsabilité sociétale et environnementale ?", plaide le délégué général de Coop de France.

Pascal Viné, délégué général de Coop de France (organisation qui chapeaute les 2.500 coopératives de France, soit trois quarts des agriculteurs et 165.000 salariés) dénonce la guerre des prix qui perdure dans la grande distribution.

Les Etats généraux de l'alimentation se sont terminés le 21 décembre. Les agriculteurs en attendaient beaucoup. Mais en l'absence de texte législatif (attendu pour cet été), c'est la déception qui prévaut. Est-ce votre sentiment ?

Ces états généraux étaient en effet très attendus par tous les acteurs de l'alimentaire, et notamment les agriculteurs. L'intérêt de ces concertations est qu'elles aient eu lieu non pas pour juguler une crise ponctuelle mais pour réguler une situation de crises récurrentes dans le monde agricole. Très clairement, dans les réunions, l'esprit était constructif et les débats de qualité.

La plupart de nos propositions - notamment la mise en oeuvre des clauses de renégociation des prix, l'encadrement des promotions, l'interdiction des prix abusivement bas ou la simplification du code du commerce, ont été retenues. Ce sont de bonnes mesures, même si elles arrivent un peu tard. En ce qui concerne le seuil de revente à perte, nous n'étions pas favorable à cette mesure au début car son efficacité ne nous semblait pas assurée. Mais nous y avons adhéré. Si cela pouvait permettre de mettre fin à la guerre des prix, pourquoi pas ? En revanche, le levier législatif arrive trop tard pour peser sur les négociations commerciales en cours.

Vous laissez entendre que les négociations commerciales entre producteurs, industriels, coopératives… et la grande distribution se passent aussi mal qu'avant les Etats généraux de l'alimentation ?

On a cru que ça allait changer. Mais les bonnes intentions se sont fracassées sur la réalité : dans le box des négociations les promesses des Etats généraux de l'alimentation sont oubliées ! Aujourd'hui, comme hier, les discussions commencent par des demandes de compensation de perte de marges sur 2017 ! Ainsi, les acheteurs regardent la rentabilité de vos produits sur l'année passée. S'ils constatent une perte de rentabilité liée à la politique tarifaire de l'enseigne, ils demandent une compensation : j'ai perdu tant avec vos produits en 2017, donc vous compensez cette perte par des budgets de promotion…Ce premier point est discuté avant même d'aborder les tarifs 2018.

Le hic, c'est que les budgets promotionnels n'entraînent pas systématiquement une hausse des volumes. Donc on baisse les prix sans compensation. C'est de la destruction de valeur. On voit bien aujourd'hui que la promesse d'en finir avec les rabais n'est pas tenue : sur les catalogues des distributeurs se trouvent des promotions de 50 % à 70 %. Ainsi, on peut acheter un kilo de pommes de terres pour 11 centimes, alors qu'il devrait coûter le double ! Vendredi, lors du comité de suivi des relations commerciales organisé par le ministère de l'agriculteur, les distributeurs ont continué à se plaindre de hausses tarifaires injustifiées...

Il est vrai que le pouvoir d'achat des consommateurs n'est pas extensible. Une hausse du prix des produits alimentaires est-elle justifiée dans tous les cas ? 

Il faut savoir que les hausses passées n'ont pas forcément été répercutées en 2017. Il y a bien un moment où il faut faire un rattrapage. En revanche je n'accepte pas l'idée que le prix d'un produit se construise uniquement à partir de celui des matières premières. Il faut en tenir compte, certes, mais il faut aussi calculer sa valeur ajoutée. Demain, je suis sûr que le revenu des agriculteurs sera plus lié à la capacité des entreprises à valoriser leurs produits plutôt qu'à la capacité des pouvoirs publics à apporter des subventions. Pour bien se rémunérer, il faut créer de la valeur.

Il faut que les agriculteurs fassent des produits de qualité, et qu'ils se tournent vers la transformation. Il est nécessaire que ce travail soit reconnu par les acheteurs, aussi bien dans la grande distribution que dans la restauration collective. Pourquoi ne parle-t-on pas plus de qualité, d'innovation, de responsabilité sociétale et environnementale dans les box de négociation ? Cette guerre des prix violentes en France empêche cette reconnaissance. Pourtant, le consommateur est prêt aujourd'hui à payer plus cher si on lui explique pourquoi.

A la fin du mois de février, les négociations commerciales seront terminées. Cela veut-il dire qu'il faut s'attendre à un été chaud sur le front agricole ? 

Clairement, le levier législatif ne peut être activé cette année et n'entrera en vigueur que pour 2018/ 2019. Que vont dire les agriculteurs ? Ils ne vont rien comprendre. Il faut donc que la DGCCRF (Répression des fraudes) poursuive les contrôles. Il y en a déjà. Ensuite, la tendance peut encore s'inverser. La réunion de vendredi au ministère y a peut-être aidé. Les distributeurs ont insisté sur les mesures qu'ils étaient en train de mette en place, sur la formation de leurs acheteurs à de nouvelles pratiques. Ils ont un mois pour prouver que ça bouge enfin !

Propos recueillis par Corinne Bouchouchi

(Lire l'article sur L'Obs.fr)