Back to top

[Presse] "Les coopératives agricoles n’enterrent pas le débat sur leur avenir"

Partager sur :

Logo Courrier Picard 12/06/2018

Les coopératives agricoles n’enterrent pas
le débat sur leur avenir

« La société change », constate la fédération des coopératives agricoles (Coop de France) qui lance une vaste consultation auprès de ses milliers d’agriculteurs. Non sans quelques mélanges d’amertume.

Loi Agriculture et Alimentation, interdiction du glyphosate, bien-être animal, scandales sanitaires. Tous ces sujets pèsent sur les coopératives agricoles, qui doivent affronter une pression sociétale de plus en plus forte. « On est dans la tempête », concède Jacques de Villeneuve, président délégué de Noriap, une coopérative protéiforme à Boves (Somme). « Surtout quand les fausses bonnes idées finissent par devenir des dogmes », ajoute le dirigeant. Le débat houleux sur l’interdiction du glyphosate (une promesse de campagne d’Emmanuel Macron) a laissé des traces.

Hier, une trentaine de dirigeants des coopératives des Hauts-de-France étaient réunis à Senlis (Oise), à l’invitation de Coop de France, leur fédération nationale. « Est-ce que nous ferons l’autruche ou est-ce que nous accepterons les débats que porte la société, avec ses excès, mais aussi ses aspirations, aujourd’hui reprises par une majorité politique ? », s’interroge le président Michel Prugue, patron du groupe Maïsadour en Aquitaine. Pour la première fois via une plateforme internet, la fédération propose à ses 2 500 entreprises coopératives (et 12 260 coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) de participer à une grande consultation publique sur les évolutions de leurs métiers, économiques, écologiques, numériques et sociétales.

Coop de France les invite à choisir par vote parmi 85 pistes d’adaptation à toutes les transitions en cours. Le résultat est très attendu, deux tiers des exploitants étant affiliés à une coopérative. « Quand on nous a demandé de produire plus, on a réussi. Aujourd’hui, on nous demande de produire mieux, on le fera », promet Thierry Dupont, président d’Agora (céréales), à Saint-Just-en-Chaussée (Oise). « La seule question est de savoir quel temps nous sera laissé… » Car nombre d’agriculteurs ont aujourd’hui le sentiment que « c’est l’opinion qui gouverne. »

« Macron fait bouger les lignes »

L’interdiction du glyphosate (un herbicide très utilisé) sans solution de rechange ? « Une surenchère politique ! », glisse Jacques de Villeneuve. Tandis que pour Thierry Dupont, « la pression sociétale est peut-être légitime. Mais le niveau d’exigence n’est pas toujours en phase avec la faisabilité. » Coop de France fait malgré tout le constat que « la société change », le vent a tourné. « Nous n’avons plus d’autre choix que de nous attacher des services d’experts de plus en plus performants », avertit Jacques de Villeneuve. À l’image d’Agora, Val de France (Oise) et Cerena (Aisne) qui viennent de créer Easinov, une plateforme d’expertise agro-environnementale pour les aider à changer de modèle.

Pour Pascal Viné, délégué général de Coop France, « on a l’impression que la France veut toujours être le mieux disant. Mais que les agriculteurs ne puissent pas intégrer dans leurs prix le coût de leur travail est incompréhensible. » Une pierre dans le jardin de la grande distribution. Mais aussi des consommateurs qui devront bien accepter que manger mieux a un prix.

« Macron fait vraiment bouger les lignes… », glisse encore Pascal Viné. Les coopératives sont très inquiètes d’une disposition de la loi Agriculture et Alimentation. Demain, elles ne pourraient plus vendre de produits phytosanitaires à leurs agriculteurs, qui devraient en passer par un conseiller indépendant du fabricant. « On nous accuse de mercantilisme ! », s’offusque le président délégué de Noriap. « Mais demain vous aurez du marketing direct sur les agriculteurs. »

Par PASCAL MUREAU

(Consultez cet article en ligne sur le site du Courrier Picard)